Les consommateurs ne sont pas conscients des « bénéfices tangibles » de l’Union européenne

le 3 mai 2017 | 1 commentaire

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Neuf associations de consommateurs européennes, dont l’UFC-Que Choisir rappellent que la dynamique de l’Union protège mieux les citoyens européens en matière de fraude, de malfaçon, d’hygiène et de sécurité. Cette dynamique doit être renforcée, et non brisée.

Tribune initialement publiée sur Le Monde le 02/05/2017 à 16h11

 

Le 7 mai les Français éliront un nouveau chef de l’Etat après une campagne profondément clivée sur le thème de l’Europe. Deux jours après, le 9 mai, ce sera le 67e anniversaire de la célèbre déclaration de Robert Schuman, qui jetait les bases de la création de l’Union européenne (UE). Au même moment, les premières associations de consommateurs apparaissaient à travers l’Europe.

 

Une nouvelle économie de marché dynamique se développait, avec de nombreuses opportunités pour les entreprises comme pour les consommateurs. Face à ces possibilités nouvelles et cette multiplication de choix, les consommateurs avaient besoin de conseils indépendants : pour acheter un réfrigérateur, choisir une machine à laver ou, plus tard, souscrire une assurance ou un emprunt…

Alors que l’Europe devenait de plus en plus vaste et intégrée, la recherche du meilleur produit ou service offert aux consommateurs tout comme la nécessité de protéger ces derniers contre les pratiques déloyales prenait aussi une dimension de plus en plus européenne. La défense des droits des consommateurs ne pouvait plus se cantonner au seul niveau national : à partir du moment où les produits et services traversaient les frontières, les droits des consommateurs devaient en faire de même.

Les aliments dangereux retirés du marché

L’adoption en 1975 du programme européen relatif à la politique des consommateurs fut la première pierre posée. A compter de cette date, un cadre robuste en matière de politique des consommateurs s’est construit, année après année, décennie après décennie, avec des bénéfices tangibles pour les citoyens européens, et des effets sur notre vie quotidienne dont la plupart d’entre nous ne sont pourtant pas conscients.

 

Saviez-vous que des règles européennes assurent que les fournisseurs, du fermier au supermarché, se conforment à des exigences strictes en matière d’hygiène et de sécurité des denrées alimentaires ? Grâce à un système européen d’alerte, les aliments dangereux sont retirés du marché. Les obligations d’étiquetage visent à permettre aux consommateurs de savoir ce qu’il y a dans leur assiette et de choisir l’option la plus saine lorsqu’ils le souhaitent.

Saviez-vous que la législation européenne garantit que les jouets, les sèche-cheveux et les vêtements pour bébés vendus en Europe répondent à des normes de sécurité strictes, quel que soit l’endroit où ils ont été produits ? Un système d’alerte entre pays de l’UE permet là aussi le rappel rapide des produits dangereux. Saviez-vous que quand un vol aérien est annulé ou retardé, ou quand des passagers se voient refuser l’accès à bord, les consommateurs ont droit, grâce au cadre européen, à une assistance et à une compensation financière ?

 

Si les consommateurs sont aujourd’hui mieux protégés quand ils font des achats en ligne ; s’ils peuvent compter sur des normes élevées en matière de santé, d’environnement et de protection de leur vie privée ; s’ils sont enfin libérés des frais d’itinérance des opérateurs mobiles, c’est notamment parce que les lois européennes ont rendu tout cela possible.

Travailler ensemble

Ces effets ne sont pas toujours reconnus, mais soyons clairs : l’Europe a amélioré de multiples aspects de la vie quotidienne des consommateurs, en fixant des normes auxquelles aspirent de nombreux consommateurs dans le monde.

 

Mais l’avenir pourrait être moins radieux, et les défis qui nous attendent ne doivent pas être sous-estimés. Les crises politiques, le Brexit, la distance croissante entre les citoyens européens et leurs dirigeants ont frappé l’UE. La commémoration de la déclaration de Robert Schuman, tout comme la célébration en mars du soixantième anniversaire des traités de Rome, sont loin d’être de simples moments de fête.

 

Nous entendons à travers toute l’Europe des appels exhortant l’Union à plus de proximité avec les gens. Et ils ont raison ! Nous avons besoin d’inclure tout le monde dans le projet européen, à des vitesses différentes si cela est plus approprié. Travailler ensemble est la seule façon d’améliorer la situation actuelle, pour chaque citoyen, chaque consommateur.

Nous sommes tous des consommateurs

Mais comment restaurer la confiance ? Pour commencer, avec une politique de la consommation forte et innovante. Nous sommes tous des consommateurs. Chacun d’entre nous est un consommateur. Soutenir et protéger les consommateurs permet à l’UE de toucher ses citoyens et d’impacter directement leur vie quotidienne.

 

Montrons aux gens ce que l’Europe fait et peut encore faire pour eux. Donnons-leur les outils pour faire valoir leurs droits, en introduisant un système européen de recours collectif ; refusons les clauses de « no-show » (refus d’embarquement pour un vol retour) dans les contrats des compagnies aériennes ; luttons pour des droits à garantie plus longs et pour des biens de consommation réellement durables…

 

Ce constat appelle des décisions fortes portées par des responsables politiques courageux. Il y a soixante ans Robert Schuman a osé se lever pour faire la différence. Aujourd’hui, les associations de consommateurs à travers toute l’Europe, rassemblées au sein du Bureau européen des Unions de consommateurs (BEUC), appellent les dirigeants européens à faire de même. Soyez courageux et mettez les consommateurs au cœur de l’avenir de l’Europe.

 

Cette tribune (traduite de sa version originale anglaise) a été cosignée par neuf responsables d’associations de consommateurs : Luisa Crisigiovanni,Altroconsumo (Italie) ; Bart Combée, Consumentenbond (Pays-Bas) ; Lars Pram, Danish Consumer Council (Danemark) ; Örjan Brinkmann,Swedish Consumer Council (Suède) ; Alain Bazot, UFC-Que Choisir(France) ; Miguel M. Cuadrado, Organización de Consumidores y Usuarios (Espagne) ; Ivo Mechels, Test-Achats/Test-Aankoop(Belgique) ; Klaus Müller, Verbraucherzentrale Bundesverband(Allemagne) ; Breda Kutin, Slovene Consumer Association (Slovénie.)